En cette veille de coupe du monde, je voulais partager avec vous les affres de ma relation avec le ballon rond. Je m’excuse par avance pour la longueur de ce récit sorte d’auto-thérapie sur le sujet… Vous n’êtes pas obligé de lire : c’est aussi passionnant qu’une rencontre France-Roumanie, millésime Euro 2008.
Elevée par une mère célibataire puis un beau-père peu porté sur le ballon rond (Petite ola d'anniversaire pour Aimé !) , les seuls sports ayant droit de citer dans mon enfance étaient le ski et le kayak.
Mon premier contact avec le monde footballistique a eu lieu dans les années 90, date à laquelle j’ai rencontré celui qui allait devenir mon ex mari. Un homme bien élevé et plutôt cultivé mais entretenant une relation passionnelle avec le foot. N’étant pas d’un tempérament jaloux, je n’ai rien trouvé à redire à cet engouement allant jusqu’à lui acheter à l’occasion « So Foot » et lui offrant des billets pour un match au Stade de France. Ce fût mon premier match... et mon dernier. J’avais pour l’occasion acheté chez Lenôtre quelques délicieux (et microscopiques) sandwichs. J’imaginais ce moment comme une sorte de pique-nique décalé. J’ai vite été rattrapée par la réalité. Nous étions haut perchés dans les gradins de cette étrange soucoupe volante qu’est le Stade de France, entourés de personnes vagissantes et imbibées, essayant de nous concentrer sur deux équipes de Playmobil courant après un minuscule ballon. On ne voyait rien. Au bout de 15mn nous avions engloutis nos sandwichs, au bout de 17 mn et 30 secondes je me disais à voix basse mais en mon fort intérieur « si j’avais su, j’aurais pas venu »…
En 1998, alors que la foule en délire dans les rues d’Argelès-Gazost charmante sous préfecture des Hautes Pyrénées hurlait « et 1, et 2, et 3 , zéro », maman et moi regardions les yeux embués pour la 27 fois « Sisi impératrice » permettant ainsi à France 3 d’obtenir un audimat de 0,0001 point.
En 2002, il semble qu’il y a eu une coupe du monde en Corée je n’en garde aucun souvenir. Chouette alors !
En 2005, il n’y a pas eu de coupe du monde mais mon ex-mari me quitte. Je me (re)dis « si j’avais su, j’aurais pas venu et j’aurais acheté mes sandwichs à la brioche dorée, et toc ! »
En 2006, je rencontre Monsieur Maison Bastille il a le regard clair et franc et m’assure que le foot et lui ça fait deux. Je suis sous le charme de ses yeux lavandes et de ses chemises en Liberty. Pour appuyer son propos, il n’hésite pas à me proposer le soir de la finale de la coupe du monde un charmant pique-nique aux Buttes Chaumont. C’est le mois de juin, il fait doux, on entend au loin les supporteurs brailler devant leur téléviseur et le tss tss du grillon devant son pissenlit. Le gardien fermera le parc sans nous voir. Nous passerons une douce soirée au clair de lune. En sautant avec grâce pas dessus les grilles pour regagner la villa des Lilas , nous aurons la délicieuse sensation d’avoir partagé un moment rare et interdit. En quittant le parc, j’admire mon prince : qu’elle chance j’ai d’avoir à mon bras un homme qui n’aime pas le foot.
2009-2010 : Coup de théâtre ! Si vous le permettez je vais vous le faire en deux actes.
Donc 2009-2010 Acte 1 : Mon prince devient ami avec des gens charmants mais ayant des connexions haut-placées dans le milieu du ballon rond. Il est invité dans la tribune présidentielle du Parc des Princes pour le match OM-PSG. Il y va en m’expliquant que c’est un pensum professionnel et revient en métro et totalement enthousiasmé « Ha cette ambiance ! Cette franche camaraderie ! Cette tension virile ». Je garde le silence : il est tard et si mes souvenirs sont bons c’est moi qui est toute la couette. Il y aura des récidives au Stade de France. Je le soupçonne de lire les pages Sport du Monde. Je sens qu’il se transforme : il connait même quelques noms de joueurs. Je ferme pudiquement les yeux. Fin de l’acte 1
Concomitamment 2009-2010 Acte 2 : Monsieur P rentre au CP. Vêtu de velours marrons et de jolies tuniques assorties, mon petit homme, grandit et mon cœur de mère s’emplit de fierté alors qu’il annone des f-o-o-t = foot et des b-a-l-l-o-n = ballon. Je ne vois rien venir. Au bout de 2 mois il revient avec ses ravissants boots en cuir fleuri totalement décollés et son velours troué au genou droit. Très vite, tous ses pantalons subiront le même sort. Je commence par raccommoder. Je colle de jolies genouillères en Liberty. Puis je réalise que 18 euros de jean + 12 euros de genouillères ça commence à chiffrer. Je renonce aux genouillères et j’envoie donc le petit ange en basket et le jean troué à l’école. En janvier son père lui procure un ballon en mousse. L’ange part chaque matin avec son cartable sur ses ailes, son jean troué, ses baskets et son ballon. Il réclame du gel pour les cheveux. Et un maillot de foot… Je l’aime ce petit alors que voulez-vous je lui trouve à Londres un maillot Manchester United. Il existe aussi en taille nounours j’en prends un pour Lapinou le doudou. Je me convaincs qu’on dirait presque du Nils-Happy to see you. A la vue des maillots l’enfant exulte. (Petite respiration dans le récit)
La semaine dernière je vais dans un autre lieu de perdition du quartier. Un lieu méconnu et pourtant… Le Shopi de la rue Amelot. Merci, à côté ( enfin pour être exact c'est en face pas à côté), c’est un magasin d’alimentation soviétique. Si si vous allez voir. Je pousse donc mon chariot et tire mes deux plus jeunes enfants. J’arrive en caisse. Avec Mlle A on vide le dit-chariot et là Monsieur P arrive avec sa méthode de négociation brevetée.
Lui : "Maman je voudrais te demander quelque chose mais tu vas dire non" ( tentative de culpabilisation)
Moi : "dis toujours"
Lui :" je voudrais ça mais tu vas dire non" (sous entendu tu es tellement méchante, même que je l’ai écrit sur ta carte de la fête des mères)
Et là il brandit l’album Panini FIFA 2010 stratégiquement disposé par le gérant du Shopi en tête de gondoles devant les caisses
Je réponds : "Non" (l'enfant avair raison)
Lui : "s’il te plaiiiiiiiiiiiiiiiiiiit" (accompagné d’un regard d’enfant battu)
Moi, temporisant : "Pas aujourd’hui."
Le lendemain je retourne à Shopi et j’achète l’album et les vignettes qui vont avec ainsi qu'un melon. Je les donne à l’enfant (l'album et les vignettes, le melon je le garde pour le dîner du soir) qui exulte à nouveau. Fin de l’acte 2. (Rideau)
Je suis faible. Mon amour pour mes deux hommes qui aiment le balon rond me perdra… Pourvu que le bébé se mette à l'escrime. C'est beau l'escrime, non ?
Bonne coupe du monde !
NB : Et si vous voulez faire des échanges de vignettes Panini, laissez nous un commentaire.